Henri Pertus

Henri Pertus Auto portrait

Henri Pertus
Auto portrait

André Filippi par Henri Pertus

André Filippi
Portrait d’ Henri Pertus
Huile

Henri Pertus et André Filippi se rencontrèrent au début des années trente, sans doute à l’école des Beaux-Art de Toulon, une amitié indéfectible naquit et les deux compères vont ensemble œuvrer à la mise en valeur de l’imagerie Provençale.
Les échanges furent nombreux entre les deux artistes, et on peut penser que chacun ait pu s’enrichir au contact de l’autre. Leurs différences sont nombreuses tant dans leurs techniques personnelles, Henri Pertus est une brillant céramiste, ses fresques murales sont réputées et il maitrise parfaitement la sérigraphie,  que dans leurs sensibilités, les personnages sont souvent le sujet principal de ses tableaux et ses convictions religieuses apparaissent parfois. Mais ils partagent leur attachement aux paysages provençaux, aux traditions, leurs gouts pour l’image et l’art en général.

Qui mieux qu’Henri Pertus pouvait  décrire l’œuvre d’André Filippi et  lui rendre un tel  hommage, dans lequel tout est dit ou presque :

Le gentil peuple des santons est en deuil, André Filippi n’est plus. Il nous a quitté l’artiste enthousiaste, le chantre des oratoires, des puits, des portails, s’émerveillant des plus humbles choses du terroir.

Et moi j’ai perdu un vieil ami, un ami fidèle avec qui, pendant plus de vingt-cinq ans, nous avons lutté pour la gloire de l’imagerie Provençale. Je lui dois d’avoir pénétré cette Provence maritime, cette Provence Varoise qui m’était nouvelle à moi, venant « d’enfre-tierro ». Je lui doit surtout la découverte de Solliès-ville. C’était dans les années 34 ou 35, Filippi, que je connaissais depuis peu, un jour me dit : « Il faut que je vous mène à Solliès-Ville. C’est un village qui n’est pas banal. »
Par une belle matinée de mai, le car nous laisse à la Farlède (on marchait encore à pied en ce temps-là), et nous voilà montant, sous un soleil flambant neuf, une route tapissée de pourpre et d’or par les valérianes et les genêts.
Au fur et mesure la plaine s’étendait étincelante et à l’horizon les masures dessinaient plus précises leurs silhouettes bleues.
La lenteur de l’ascension nous laissait le loisir de savourer intensément la beauté de tout ce qui nous entourait, quand tout à coup, au détour d’un chemin, se dresse le clocher de l’église, couronné de fer forgé, et sous lui l’épaule en surplomb dans le vide les toitures de tuiles roses et les murs ocrés des maisons.
Paysage devenu classique, mais qui pour moi, était une révélation. Filippi ne pouvait contenir sa joie devant mon émerveillement. Nous avions porté le carnet de croquis et le crayon ne chômait pas… »

Filippi ne se lassait jamais de cette rencontre avec le village. Combien de fois l’a-t-il peint ou gravé?  Ce fut l’origine de ses fonds de crèche. Comme une sorte de label qui se retrouva dans la plupart de ses œuvres. Il aimait d’une affection particulière les arbres de la terre solèsine: oliviers, pins, cyprès en particulier, et c’est les larmes dans la voix  qu’il m’apprit, un jour après la guerre, que l’on avait coupé nombre d’entre eux.

A Solliès, il retrouvait tous ces éléments réunis, une synthèse et un répertoire de ce pays qu’il aimait tant. Et en me communiquant son « estranbord », il me fit découvrir peu à peu la Montjoie, la Sousto, le moulin d’huile, où l’on pressait encore à bras, le fouant d’Avon, le deffends, et bien d’autres choses qui font le charme et l’originalité de Solliès.

Il avait commencé par dessiner, peindre et graver pour fixer dans l’image une vision concrète et simplifiée de son amour.

Ce besoin de concrétiser, l’amena à modeler, et ainsi le santonnier se révéla à lui-même. Cette vocation de santonnier, qui devait être l’expression complète de sa personnalité, c’est encore à Solliès qu’il la doit. Certes de tout temps, Filippi avait été sensible au charme de ce petit peuple qui hante nos crèches et dans ses gouaches et ses peintures, les personnages qui animaient le paysage avaient une allure « santonesque ». Mais le santon proprement dit, modelé en argile, pris naissance entre ses mains vers 1938, si mes souvenirs sont exacts.

A l’occasion d’une des expositions des Imagiers Provençaux, que nous organisions chaque année dans la grande salle de la mairie, Filippi présenta  un « pastre » qui n’était autre que le père Fabre, le berger de Solliès. Le succès fut tel que Filippi dût le multiplier. Le premier santon de Filippi était né. Puis ce fut la guerre de 39 …. Mais dès l’armistice, Filippi revint à ses chers santons, et s’y spécialisa bientôt. Il étudia la technique et bientôt le moulage n’eut plus de secret pour lui.

Il s’attacha à renouveler les types classiques en puisant son inspiration à la source même et il réalisa le tour de force de respecter la tradition en lui donnant un accent moderne et authentiquement provençal, rejetant routine et poncifs.

Quelle belle étude il y aurait à faire sur Filippi le santonnier. Son esprit toujours en éveil, toujours à la recherche de la perfection, ne s’assoupit jamais dans la redite. Les ingénieuses présentations de ses crèches le prouvent assez.

Mais revenons à Solliès, on peut dire que pendant plus de 25 ans, il n’y a pas eu de manifestations artistiques à laquelle Filippi n’ait été associé, quand il n’en était pas lui-même l’organisateur ou le promoteur. Combien n’a-t-il pas illustré de programmes, de diplômes, de publications, de livres sur Solliès.

Je pense à l’histoire de Solliès-Ville de Paul Maurel, à ses romans « LOYSE » et « La mort de Gauthier » et aux doux poèmes du bon François Armagnin, entre autres. Je viens de parler de Paul Maurel qui pourrait nous dire mieux que lui, tout ce que Filippi a fait avec et pour son village?

Si Filippi a pris à Solliès-Ville ses sujets d’inspirations, que ne lui a-t-il pas rendu en diffusant de par le monde, grâce à ses gravures et aux crèches ses horizons familiers et ses types populaires.

Il serait bien dommage que cette œuvre, qui trouve son unité autour du clocher d´AUT de VILLO, se disperse aux quatres vents, au hasard des collections, alors qu’il ne serait pas impossible, je pose la question aux amis de Solliès-Ville, de trouver une salle dans la maison de Jean Aicard, où l’on pourrait réunir l’œuvre solèsine d’André Filippi pour la plus grande gloire de l’artiste et du village.

HENRI PERTUS

1962

Reproduction intégrale du texte dactylographié de l’hommage à André Filippi à son décès écrit par Henri Pertus.
Document prêté par André Berutti  de l’académie du Var et  président honoraire du  « Comité des arts et de l’image » de Toulon
 
 
 
 

J’incite tous ceux qui sont curieux de mieux connaître l’œuvre d’Henri Pertus à lire la communication du Professeur André Bérutti à l’académie du Var.

 

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