la conférence de Lyon

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En décembre 1960, André Filippi fut invité à Lyon, par « l’Escolo de la Sédo », pour présenter un conférence sur la crèche provençale.

J’ai retrouvé dans ses archives le texte intégral de celle-ci. André Filippi nous livre, au crépuscule de sa vie déjà affaibli par la maladie qui l’emporta un an et demi après, sa philosophie qui l’a sans cesse guidé pour donner naissance à tous ses santons.

 

La première partie est consacrée à l’histoire du santon, en s’appuyant très largement sur le livre de Marcel Fontan « la crèche provençale » qu’il connait parfaitement pour l’avoir illustré et qu’il considère comme un ouvrage de référence sur le sujet.

Puis il développe ce qu’il considère comme les fondamentaux pour la création des personnages de la crèche . Nulle place pour des personnages outranciers, des alsaciens ou autres bretons, seul le petit peuple provençal rend visite au nouveau né, bergers, paysans, petit métier …..

Il nous explique ensuite ce qu’il appelle « la naissance physique » du santon, nous décrivant précisément la création de l’ébauche dans la masse informe du bloc d’argile du santon, la création du moule qui permettra de reproduire le modèle et enfin « l’habillage » c’est à dire la peinture de la figurine.

 

Nous vous livrons ci après quelque uns des extraits les plus représentatifs :

le bon peuple à la visite de cette naissance

… si le geste et les costumes peuvent varier à l’infini et apporter par la variété des couleurs franches, cette note de gaité que d’ailleurs apporte toujours la création de la vie, la situation des personnages est fort réduite: des bergers, des paysans, quelques petits métiers, en opposition avec les trois rois de l’évangile  et c’est tout. Au santonnier d’avoir l’imagination fertile et de varier les gestes et les attitudes….. toutefois il faut rejeter tout ce qui est bien souvent étranger à la Provence, et bien souvent de mauvais goût…

… Que le pèlerinage calendal revête une forme populaire, naïve et vivante; que ces groupes en marche comporte même leur commérage, leur grouillement, c’est de bonne tradition, pleine de de vérité. Mais commérage et grouillement sont ceux d’abord de pasteurs des montagnes, de paysans, de jardinières, de gens simples et timides, défiants même, qui s’émeuvent et se meuvent lentement…

…………il me reste à vous parler de la question artistique. ….. deux écoles sont en présence; La première que j’appellerais, sans y mettre de sens péjoratif : St-Sulpice, c’est à dire la reproduction la plus fidèle possible, mais quelque peu figée et vieillotte de personnages réels. La seconde, à laquelle je me rattache, a l’interprétation dans les volumes et la ligne, d’un mouvement, d’un geste, soutenus par quelques tons francs, des bleus, des jaunes, des rouges et des verts.

Car ne croyez pas, pas sous simplicité, que la création d’un modèle nouveau soit chose facile. Il faut se dépouiller de bien des choses apprises dans les Écoles des Beaux-Arts. Il faut essayer de retrouver l’esprit des Imagiers des Eglises Romanes, de l’âge Méjean. Et c’est après d’innombrables croquis et dessins, captés au hasard des randonnées dans les villages et la campagne provençale, qui sont restés, sites et personnages, à peu près pareil que lors de la création du santon, que j’imagine une nouvelle création . Une partie passionnante pour le santonnier commence.  Par modelage ou en taille directe, le personnage s’ébauche plus ou moins vite à notre idée. Parfois on recommence, deux, trois fois, et puis tout d’un coup, de la masse informe s’est dégagé ligne et volume, la vie plastique vient de naitre ………. Et nous voilà à habillage, c’est à dire prêt à peindre la figurine, et, c’est encore des recherches, des essais pour que le costume soit harmonieux dans ses coloris de tons francs. Et le personnage est là, pimpant, tout de neuf habillé, prêt à prendre le chemin de Bethléem !

Je puis maintenant vous avouer que, pour ma part, des modèles m’ont demandé un an de réflexion avant de les réaliser, de confectionner le moule, et ensuite de les habiller. Et la réalisation de mes 600 modèles est le fruit d’une trentaine d’année de recherche, de réflexion et de travail !

 

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